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Session de renforcement de compétences sur les mariages d’enfants

SESSION DE RENFORCEMENT DES COMPETENCES DE LA PREMIERE DAME DU BURKINA FASO, DES MEMBRES DE SON CABINET ET DES EPOUSES DES PERSONNALITES POLITIQUES SUR LES MARIAGES D’ENFANTS


 

Du 13 au 14 octobre 2017, s’est tenu dans la salle de réunion du Centre pour le Bien-être des Femmes et  la prévention des mutilations génitales féminines  Gisele KAMBOU(CBF/GK), un atelier de renforcement des compétences de la Première Dame du BurkinaFaso, des membres de son cabinet et des épouses des personnalités politiques sur les mariages d’enfants. Cet atelier de renforcement des compétences a regroupé 32 participants composés des membres du cabinet de la Première Dame, les épouses des personnalités politiques, des agents du système des nations Unies (UNICEF ET UNFPA) et des membres de Voix de Femmes (voir liste de présence en annexe)

Cette session avait pour objectifs :

  • renforcer les compétences des participants sur la problématique des mariages d’enfants ;
  • susciter l’adhésion et l’implication des participants à la promotion de l’élimination des mariages d’enfants au Burkina Faso.

Les attentes de cette session étaient que les participants maitrisent les différents types de mariages d’enfants, les causes, leur ampleur au BurkinaFaso et leurs conséquences ; qu’ils connaissent mieux la Coalition nationale de lutte contre les mariages d’enfants et les stratégies nationales et internationales mises en œuvre pour éliminer les mariages d’enfants.


I. la cérémonie d’ouverture

La cérémonie d’ouverture a été présidée par Madame COMPAORE, la représentante de la Première Dame. Après une prestation théâtrale, s’en est suivi trois allocutions dont celle de madame Mariam LAMIZANA, Présidente de l’ONG Voix de Femmes. Dans son mot de bienvenue, elle a indiqué que la session marquait le début d’un élan nouveau dans la lutte contre les mariages d’enfant. En effet, l’engagement de la Première Dame et des épouses des ministres vient renforcer davantage   la détermination des acteurs de la lutte contre cette pratique au BF.
Elle a relevé que le mariage d’enfant est un phénomène universel qu’on rencontre sur tous les continents dû à des facteurs religieux, culturels et ethniques. Selon L’UNICEF en 2015, 61,6% des jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans se sont mariées avant l’âge de 18 ans ; et 26,2% avaient un enfant. Ce constat a conduit le gouvernement à élaborer une stratégie nationale de prévention et d’élimination du mariage d’enfant et à mettre en place une plateforme multisectorielle visant l’accélération de l’élimination des mariages d’enfants au Burkina. Ces efforts ne peuvent être couronnés de succès sans un engagement de tous les acteurs a-t-elle indiqué. Madame Mariam LAMIZANA a clos son propos, en remerciant les partenaires techniques et financiers notamment, l’UNICEF et l’UNFPA pour leur accompagnement quotidien aux acteurs de la lutte au BF.
Intervenant au nom des partenaires techniques et financiers, Madame Guilene frederic,  Chargé de protection de l’enfance de l’UNICEF a reconnu l’importance de l’atelier dans le dispositif de plaidoyer contre le mariage de mineurs au BurkinaFaso.

Elle a souhaité que l’engagement des épouses des autorités politiques entraine une plus grande implication de leurs époux dans le combat pour l’élimination des mariages d’enfants au BF.
La cérémonie d’ouverture a pris fin à 9h 56mn avec l’allocution de Madame Marie Louise Flore COMPAORE, épouse de Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre de la Sécurité  représentant  la Première Dame  du Burkina    Faso Madame Sika KABORE Epouse de SEM le Président du Faso. Dans son intervention, elle a relevé le statut d’infériorité qui caractérise la femme burkinabè de la femme, ce qui détermine les différentes violations de ses droits.
Cet état de fait nécessite l’accompagnement des épouses des autorités auprès des autres acteurs publics et privés pour mettre fin aux mariages d’enfants ;d’où leur engagement. Madame COMPAORE  pour clore son intervention a souhaité une participation active aux participants avant de déclarer ouverte la session.

Les travaux ont été ponctués de communications, des exposés suivis de discussion sous la modération de la Présidente de Voix de Femmes, Mariam LAMIZANA et la représentante de la Première Dame du Faso,  Madame Marie  Louise Flore COMPAORE épouse de Monsieur le Ministre d’Etat, Ministre de la Sécurité.

 


II. Déroulement des travaux

La session s’est déroulée en  deux jours et a été  marquée par une série de présentations de plusieurs thématiques suivies de discussions. La première journée a été consacrée à la problématique des mariages d’enfants et la deuxième journée aux stratégies de lutte contre les mariages d’enfants.


II.1. La problématique des mariages d’enfants

II.1.1. Problématique des mariages d’enfants : Définition, typologie, causes et conséquences

Cette présentation a été assurée par le Coordonnateur de Voix de femmes. Le communicateur a procédé à la définition de certains concepts.
Le mariage est l’union entre une femme et un homme célébré devant un officier de l’état civil. Il est dit légal lorsqu’il répond à certaines conditions édictées par le code des personnes et de la famille(CPF).Il implique des obligations et des droits. le Mariage est dit « précoce » lorsqu’une union entre un homme et une femme intervient alors que l’un ou l’autre ou les deux à la fois n’ont pas atteint la maturité physique et psychologique ; ce qui correspond à l’âge de fin de la minorité. Le mariage est juridiquement précoce lorsqu’il a été contracté alors que la fille et/ou le garçon n’a pas atteint l’âge légal, sauf autorisation préalable du juge conformément à l’article….. du CPF. Cet âge est de 17 ans pour la fille et de 20 ans pour le garçon.
Le Mariage forcé est toute union matrimoniale sans le consentement de l’homme ou de la femme. Il intervient au moment où le garçon ou la fille n’est pas capable de donner un consentement libre et éclairé. Le mariage forcé peut en même temps être précoce.
Après ces définitions, il a évoqué d’autres formes de mariages qui sont des stratégies matrimoniales et exposent les enfants aux mariages précoces et forcés. Ce sont les mariages coutumiers, (les litos, les rapts, le lévirat)forcés et/ou précoces, les mariages religieux, les unions libres. Il a fini sa présentation avec les causes des mariages d’enfants qui sont économiques, religieuses et coutumières et les conséquences qui sont d’ordre sanitaire (l’exposition aux grossesses précoces, les accouchements difficiles, la mortalité maternelle et infantile, les fistules obstétricales, les Prolapsus).
Au niveau de l’éducation, il a mentionné la non-scolarisation, la déscolarisation de la fille ; sur le plan social : les violences physiques, sexuelles, psychologiques, absence de liberté, l’exclusion sociale, le suicide.
Sur le plan économique: la pauvreté, absence de qualification.
Quant au thème relatif à l’ampleur des mariages d’enfants, il a été présenté par Mr Yaméogo Désiré de l’UNICEF.

 


II.1.2. Ampleur des mariages d‘enfants

Dans sa présentation, il a indiqué qu’environ 15 millions de filles sont mariées chaque année avant l’âge de 18 ans, dont 39% en Afrique sub-saharienne. De plus, le taux de prévalence le plus élevé se rencontre dans les régions de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Ce taux est le deuxième le plus élevé au monde (derrière l’Asie du Sud), avec 5 des 6 pays dont le Niger (76%), la République Centrafricaine (68%), le Tchad (68%), le Mali (55%) et la Guinée (52%).
Les études montrent qu’avec les taux de prévalence actuels et leur niveau de réduction, la moitié des filles mariées avant l’âge de 18 ans seront africaines en 2050 ; 01 femme sur 10 mariée ou en union avant 15 ans et 01 sur 02 avant 18 ans.
Selon son exposé, le Burkina Faso fait partie des pays où la prévalence du mariage d’ enfants est la plus élevée avec des disparités régionales. Sa communication a été suivie d’une présentation sur les mariages d’enfants en milieu scolaire fait par madame………


II.1.3. Education et mariages d’enfants

Cette présentation s’est articulée autour de points suivants : Quelques éléments de la politique du Burkina Faso en éducation de base, Situation des ME en milieu scolaire au Burkina Faso, Opportunités et Pistes d’actions.
Ainsi, d’après la présentatrice, la politique du Burkina en éducation de base se fonde sur les orientations politiques au niveau international (EPT, OMD, ODD, CEDEF, CIDE,CADHP,) qui insistent sur l’accès de tous à une éducation de qualité pour tous sans discrimination. Cela a permis à l’Etat de prendre des dispositions qui sont entre autres :
-la loi d’orientation de l’éducation au Burkina Faso (loi N° 013-2007/AN du 30 Juillet) qui rend l’éducation obligatoire et gratuite pour tout enfant ou adolescent âgé de 6 à16 ans ;
– l’adoption et la mise en œuvre de plans décennaux de développement de l’éducation de base (PDDEB 2002-2011 et PDSEB 2002-2021) ;
-l’adoption du Plan National de Développement Economique et Social( PNDES) 2016-2020 qui prévoit en son axe 2, de développer le capital humain et de manière plus spécifique d’accroître « l’offre et améliorer la qualité de l’éducation….» ( PNDES, p. 39) ;
– la réorganisation en 2016 du système éducatif, avec l’institution de passerelles entre l’éducation formelle et non formelle et dans la perspective d’un continuum éducatif, afin de capter et retenir tous les enfants en âge scolaire dans des cadres éducatifs jusqu’à 16 ans au moins. En plus, elle a donné des informations liées à la situation des mariages d’enfants en milieu scolaire.
Elle a relevé que les données des mariages d’enfants en milieu scolaire sont quasi inexistantes, celles disponibles sont partielles et émanent de la Direction de la Promotion de l’Education Inclusive de l’Education des Filles et du Genre( DPEIFG) de 2017 et se présentent comme suit : Entre 2005-2008, 361 cas de mariages d’enfants ont été recensés au primaire ; Entre 2013 et 2017, 414 cas dont 161 cas au primaire et 251 cas au post primaire.
Les Régions de Cascades, les Hauts-Bassins, le Nord et le centre paraissent les plus touchées bien que les effectifs disponibles soient sous-estimés (liés aux difficultés de collecte des données et la faible dénonciation des cas). Les données sur les cas de garçons ne sont pas recueillies, alors que le phénomène les touche également.
En outre, selon la communicatrice, certaines situations favorisent les mariages d’enfants en milieu scolaire . Ce sont le rapt ou vol des filles, la fuite des filles pour « prendre un mari », le mariage précoce systématique des filles avec les auteurs de grossesses, le retrait de la fille de l’école pendant les vacances et congés (par surprise).
Pour remédier à cette situation selon la communicatrice, des ONG tel que Association d’appui et d’éveil Pugsaada, Mwangaza Action, Association Voix de Femmes et la Direction de la Promotion de l’Education Inclusive de l’éducation des Filles et du Genre (DPEIFG) développent des initiatives en faveur des enfants. Elles vont de la Sensibilisation des populations pour l’abandon des mariages précoces au suivi des filles précocement mariées pour leur réinsertion dans le circuit scolaire. La technique utilisée en général est la négociation avec les conjoints et les parents.
L’orateur a pris également en compte les facteurs favorisant les mariages d’enfants. selon elle, ce sont les représentations sociales du mariage d’enfants dans les communautés(mariage vu comme une prescription religieuse , mariage vu comme un système de protection sociale des jeunes filles) ; l’intériorisation de ces représentations sociales par certaines jeunes filles ; la survivance des pratiques traditionnelles dont les rapts et dons d’enfants dès la naissance ou le bas-âge ; les rapports inégalitaires de genre ; la méconnaissance des conséquences diverses des mariages d’enfants par les filles et les communautés.
Ensuite, elle a évoqué les répercussions des mariages d’enfants sur les filles, les familles et le pays en général.
Quant aux défis à relever, la communicatrice a souligné l’accès à l’école et le maintien des filles en âge d’être scolarisé du primaire jusqu’à la fin du post-primaire (comme mesure de protection et de prévention des mariages d’enfants), le retour scolaire des filles victimes, la collecte des données statistiques fiables du phénomène en milieu scolaire, la mise en place des mécanismes efficaces de dissuasion pour les filles scolarisées afin de tendre vers une tolérance zéro des mariages d’enfants en milieu scolaire. L’exposé sur l’éducation et le mariage d’enfant s’est terminé avec les Opportunités et Pistes d’actions. Le cadre légal des mariages d’enfants au Burkina Faso a fait l’objet d’une communication assurée par madame Katia TAPSOBA de Voix de Femmes.


II.1.4. Cadre légal des mariages d’enfants au Burkina Faso : limites et opportunités

Dans cette partie, l’accent a été mis sur le dispositif juridique de lutte contre les mariages d’enfants, les limites et les opportunités du dispositif juridique.
Selon madame TAPSOBA, il y a des textes juridiques existants qui interdisent les mariages d’enfants. Ce sont :
– au plan international, la convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF), la convention relative aux droits de l’enfant (CDE) ;
– au plan régional, la charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ;
– au plan national : la Constitution qui pose le principe de la liberté du consentement au mariage le code des personnes et de la famille(CPF), le code pénal, la loi n° 15-2014/ AN du 13 mai 2014 portant protection de l’enfant en conflit avec la loi ou en danger et le dernier texte en date, la loi n°06-2015/ CNT portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes. Ces documents garantissent une protection civile et pénale de l’enfant.
Concernant la protection civile, la présentatrice a souligné que le CPF fixe les conditions du mariage qui protègent les enfants contre le mariage précoce/forcé. En effet, l’âge minimum pour se marier est de 17 ans pour la fille et 20 ans pour le garçon. Mais en cas de nécessité (grossesse, maladie…), le juge peut autoriser le mariage d’une fille âgée d’au moins 15 ans et d’un garçon, s’il a au moins18 ans. L’obligation de célébrer le mariage devant l’officier de l’état civil qui doit s’assurer que toutes les conditions sont remplies, la publication du projet de mariage pendant 30 jours au moins à la mairie ou à la préfecture du lieu de célébration du mariage. Le non respect de ces conditions entraine la nullité du mariage surtout le défaut de consentement de l’un des époux.
S’agissant de la protection pénale, elle soutient que le code pénal a érigé certaines pratiques autour du mariage en infractions punissables en prévoyant des peines d’emprisonnement et/ ou des amendes. L’article 376 du code pénal prévoit qu’ « est puni d’un emprisonnement de six mois à deux ans, quiconque contraint une personne au mariage ; la peine est un emprisonnement de un à trois ans si la victime est mineure ; le maximum est encouru si la victime est une fille mineure de moins de 13 ans. Quiconque contracte ou favorise le mariage dans de telles conditions est considéré comme complice». Malgré ces garanties, le dispositif juridique comporte des limites et des opportunités.
Selon la présentatrice, les limites sont endogènes et exogènes aux textes. Ainsi les limites endogènes qu’on peut retenir sont : l’inadéquation de l’âge légal du mariage prévu par le CPF et celui de la CDE fixant la majorité à 18 ans, la discrimination entre filles et garçons qui rompt le principe d’égalité dans le CPF, le problème de qualification de l’infraction de mariage forcé dû au fait que l’union coutumière et/ou religieuse n’est pas reconnue légalement et que les mariages précoces/forcés sont soit coutumiers soit religieux
Les limites exogènes aux textes sont le silence des victimes, la qualité des auteurs et complices et aussi la complicité de l’Administration.
La communicatrice a relevé comme opportunité , le CPF en révision qui prévoit une harmonisation de l’âge légal du mariage pour les deux sexes à 18 ans ; la requalification en viol par le juge, des unions contractées religieusement ou traditionnellement en mariages forcés en infractions d’enlèvement d’enfant, les rapports sexuels forcés ou une grossesse dans ces conditions ; la forte implication des organisations de la société civile telle l’ONG Voix de Femmes , avec l’appui des partenaires. Les participants ont également suivi un film documentaire.


II.1.5.Projection de film documentaire sur les mariages d’enfant

Cette projection a été assurée par Voix de Femmes. Le film a présenté deux scénarios : dans le premier, une fille a été victime de rapt avec la complicité de son père ; arrivée chez son mari dans un autre village que le sien, elle a échappé à pied, et a marché pendant longtemps pour enfin se réfugier dans un commissariat de police. Dans le second, il s’est agi d’une tentative d’union d’une mineur de 16 ans avec un adulte riche ; elle a abandonné ses études sous la pression de sa mère et sa tante.


II.1.6. Discussion

Les échanges qui ont suivi les exposés de la première journée ont permis de faire des apports, il a été demandé :
• Pour l’analyse des causes, de distinguer celles qui sont structurelles et celles conjoncturelles ;
• De mettre en rapport les mariages d’enfants et la violation des droits des enfants ;
• De considérer les grossesses précoces et / ou non désirées en tant qu’une cause du mariage d’enfants ; lier la lutte contre les unions précoces et le contrôle de croissance démographique ;
• De prendre en compte la mère et la fille comme pouvant faire l’objet d’une exclusion sociale.
• D’encourager les couples mariés coutumièrement et/ou religieusement à légaliser leur union devant l’officier avec les témoins ou mettre un système qui permet à l’officier de certifier le mariage là où il est célébré.


II.2. les stratégies de lutte contre les mariages d’enfants

II.2.1. Présentation de la stratégie nationale de prévention et d’élimination du mariage d’enfants au Burkina Faso (2016-2025), plateforme multisectorielle, actions, résultats, défis et opportunités.

La thématique a été exposée par MR Tiendrebeogo Jean Marie de la Direction générale de la promotion de la famille et du genre du ministère de la Femme, de la solidarité nationale et de la famille. La communication a porté sur la présentation de la SNPEME(…., de la plateforme multisectorielle; les actions et résultats ; les défis et opportunités.
Concernant la stratégie nationale, le communicateur après un rappel de l’ampleur du phénomène dans le monde et au Burkina Faso sur les mariages d’enfants, a donné ses justifications. Selon lui, la stratégie répond à un souci de faire face aux multiples conséquences de la pratique dans un contexte national de lutte contre le phénomène et de fédérer les énergies pour plus de résultats sur le terrain.
Il a présenté son objectif principal qui est d’accélérer l’élimination du mariage d’enfants sous toutes ses formes au Burkina Faso d’ici à 2025 ; ce but se décline en quatre (04) objectifs stratégiques qui sont :
– prévenir toutes les formes de mariage d’enfants ;
– prendre en charge les victimes de mariage d’enfants ;
– renforcer le dispositif national pour l’abandon de la pratique du mariage d’enfants ;
– coordonner, suivre et évaluer la mise en œuvre de la stratégie.
Ces objectifs sont assortis de quatre(04) axes stratégiques qui sont la prévention, la prise en charge, le renforcement du dispositif national et coordination et le suivi-évaluation de la mise en œuvre de la stratégie.
Ensuite, l’animateur n’a pas manqué de présenter la plateforme multisectorielle dans la SNPEME. Il l’a mis en évidence en tant qu’une structure nationale de pilotage de toutes les actions en matière de promotion de l’abandon du mariage d’enfants. Elle se réunit en session ordinaire deux (02) fois par an sur convocation de son président et en session extraordinaire en cas de besoin. Le présentateur a évoqué aussi les missions de la plateforme, les actions et les résultats obtenus en fonction de chaque axe. Pour finir, il a relevé les défis et les opportunités.
Au titre des défis, il a relevé l’amélioration de la connaissance et du respect des droits des enfants et des adolescents ; de la gestion des ressources (en termes d’allègement des procédures de déblocage des fonds) ; de l’inscription d’une ligne budgétaire au titre de l’Etat pour les activités courantes en matière de promotion de l’abandon du mariage d’enfants et son approvisionnement régulier ; du financement constant et suffisant pour la mise en œuvre des activités planifiées par les différents acteurs membres de la plateforme multisectorielle ; de la révision des textes et surtout du CPF.
Quant aux opportunités, on a l’adhésion du Burkina Faso aux conventions et textes internationaux de protection des droits des enfants et des filles qui interdisent le mariage d’enfants, le relèvement de l’âge du mariage à au moins 18 ans, l’adoption de la loi portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes; la relecture en cours du Code des personnes et de la famille et du Code pénal . A la suite de Mr TIENDREBEOGO, Le programme conjoint UNICEF-UNFPA a été présenté..


II.2.2. Contribution des agences des Nation Unies : présentation du programme conjoint UNFPA-UNICEF

L’exposé a été fait par madame Nènè Barry de l’Unicef . La présentatrice a articulé son propos au tour des points suivants : le programme conjoint, engagements financiers des donateurs, la théorie de changement, les modèles d’intervention, les stratégies, le programme conjoint au Burkina Faso, les résultats enregistrés, les défis, les opportunités, les perspectives.
Concernant le programme , après un rappel de la problématique des mariages d’enfants, elle a signifié qu’il est une initiative de l’UNICEF et de l’UNFPA depuis le niveau global pour accélérer la lutte contre les mariages d’enfants et protéger ainsi les droits des filles. Son lancement a eu lieu le 08 mars 2015 lors de la journée internationale de la femme. Sa vision est d’accélérer l’action pour éliminer le mariage des enfants dans au moins 12 pays à travers le monde. Pour cela, les pays concernés sont : en Asie du sud nous avons, le Bangladesh, l’Inde et le Népal. En Afrique de l’est et du sud on a l’Ethiopie, le Mozambique, l’Uganda et la Zambie.. En Afrique de l’Ouest et du Centre, le Burkina Faso, le Ghana, le Niger et la Sierra Leone. Au Moyen Orient et en Afrique du nord, le Yémen. C’est une initiative qui ambitionne de toucher directement plus de 2,5millions de filles et pourrait impacter la vie de millions d’autres filles, leurs familles et leurs communautés. Elle est financée par le gouvernements du Canada, Italie, Pays-bas, Royaume Uni, et la commission de l’Union Européenne.
Le programme utilise les modèles d’intervention qui sont l’approche communautaire /mobilisation sociale; l’application de la loi ; l’intégration dans les services sociaux: santé et éducation ; les normes sociales et changements de comportements.
Dans le cadre de l’initiative, les stratégies développées sont: l’augmentation de l’accès des filles à l’éducation et à la santé, y compris la santé sexuelle et reproductive; l’éducation des parents et des communautés sur les dangers du mariage d’enfants, le soutien économique aux familles; le renforcement du pouvoir économique des adolescentes; le renforcement des connaissances des adolescentes en compétences de vie courante , en santé sexuelle et reproductive et les violences basées sur le genre; le renforcement de l’application de l’âge minimum du mariage à 18 ans.
Au Burkina, le concours de l’UNFPA et l’UNICEF consiste à soutenir l’ensemble des structures du gouvernement (MFSNF, MJFPE, MENA, MJDHPC, MS) et les acteurs de la société civile qui contribuent à travers leurs actions à renforcer la lutte contre le phénomène. Les deux institutions interviennent dans la région du Sahel ; l’Est ; le Centre-Est; le Centre-Nord et la Boucle du Mouhoun. L’UNICEF intervient au Sahel, Centre- Nord et l’UNFPA à Est, au Boucle du Mouhoun, au Sahel,. Leur zone de convergence est le Sahel. Selonl’animatrice, le programme a engrangé des résultats certains. Cependant, des défis demeurent parmi lesquels on peut retenir : un plaidoyer soutenu pour la révision de l’âge du mariage à 18 ans ; une extension des interventions à d’autres régions ; une mobilisation accrue des ressources; un appui à la pérennisation du dialogue et du plaidoyer de haut niveau.
La présentatrice a également souligné l’existence des opportunités . C’est une forte volonté politique qui a permis de réaliser des avancées significatives dans ce domaine. Ainsien 2015, il y a eu le lancement de la campagne, l’adoption d’une Stratégie Nationale et son plan d’action nationale contre les mariages d’enfants, l’adoption d’une loi spécifique sur les VEFF l’application des sanctions prévues par la loi (exemple des audiences foraines).. On peut citer aussi, une société civile active au côté de l’action gouvernementale qui contribue fortement à la mise œuvre des orientations nationales, et l’engagement actif des communautés et des leaders d’opinion en particulier.
La présentatrice a terminé en énonçant des perspectives qui sont : le renforcement des capacités des acteurs pour la prise en compte des normes sociales dans la planification, le suivi et l’évaluation des actions; l’appui au MFSNF pour la tenue des sessions statutaires de la plateforme et l’écriture du second PAO de la Stratégie Nationale de prévention et d’élimination du mariage d’enfants; le passage à l’échelle des interventions communautaires, l’extension des interventions en faveur des adolescents dans les clubs scolaires ; le renforcement du système endogène de veille et de suivi dans des villages ayant déclaré l’abandon du phénomène.
La stratégie de l’organisation Filles pas Epouses, a également fait l’objet d’une présentation.


II.2.3. Présentation de la stratégie de Filles pas Epouses

Pour présenter le partenariat, madame……. a commencé par la projection d’un micro film. A la suite du film, elle a présenté les membres du partenariat qui sont des OSC travaillant dans de nombreux secteurs (santé, éducation, droits des femmes, protection de l’enfance, réponses humanitaires) et utilisent une grande variété d’approche pour aborder les mariages d’enfants. Certains se concentrent sur le plaidoyer, d’autres fournissent des services communautaires.
Elle a en outre donné l’ampleur du partenariat. Les membres qui sont plus de 800, opèrent dans 95 pays dont en Afrique, en Asie, au Moyen Orient, en Amérique et en Europe; 63% des membres travaillent avec les communautés, 35 % avec les hommes et les garçons et 10 % sont des organisations internationales dont leur mission est d’œuvrer ensemble pour sensibiliser l’opinion publique sur les conséquences néfastes des mariages d’enfants. Ils facilitent le partage d’informations et la coordination entre les organisations travaillant dans le domaine, Mobilisent tout le soutien nécessaire afin d’éliminer le mariage des enfants.
Par ailleurs pour remplir sa mission, le partenariat déploie la stratégique de la théorie du changement. Elle consiste à autonomiser les filles, mobiliser les familles et les communautés, mettre des services à la disposition des filles, adopter des lois et des politiques adéquates.
L’orateur a aussi évoqué la stratégie 2017-2020 de Filles Pas Epouses. Elle est une feuille de route pour le travail collectif du partenariat. Il permet d’identifier des domaines précis dans lesquels, la société civile travaillera ensemble au cours des quatre prochaines années (la période 2017-2020) afin de parvenir à de nouvelles avancées importantes.
Enfin, selon la présentatrice, le partenariat entend travailler à ce que les gouvernements avec la participation active de la société civile et d’autres acteurs clés agissent pour aborder la question du mariage d’enfant ; à rendre disponible des données crédibles sur le mariage d’enfant pour les besoins de l’apprentissage ; poursuivre, diversifier et renforcer la collaboration.
La Coalition Nationale contre le Mariage des enfants au Burkina a fait aussi l’objet d’une présentation.


II.2.3. Présentation de la Coalition Nationale et ses stratégies de lutte contre le Mariage des enfants au Burkina

Le thème a été développé par une représentante de la coalition nationale. elle a été structurée comme suit: Les motifs de sa création, ses objectifs, ses attributions, sa vision, sa mission et ses valeurs, ses obligations, ses structures et son fonctionnement, les activités réalisées, les difficultés et les contraintes, Les perspectives.
Selon la présentatrice, la coalition a été créée pour plusieurs raisons. Elle est partie du constat fait des conséquences du mariage des enfants sur l’éducation, la santé et l’état de vie des victimes. A la présence des organisations de la société civile au nombre d’une cinquantaine, notre souci a été de porter haut une voix collective au plan national et international pour mettre fin au mariage d’enfants.
C’est un regroupement informel d’associations et d’ONG légalement reconnues, intervenant dans le domaine des droits humains en général et en particulier celui des femmes, des filles et des enfants. La coaltion s’est fixée pour objectif global de promouvoir les droits des enfants et l’abandon du mariage d’enfants au Burkina Faso. Ses visées secondaires sont :

– contribuer à une prise de conscience des communautés pour le respect des droits des enfants et l’élimination du mariage d’enfants ;
– influencer les politiques en faveur de la prise de mesures favorables à l’élimination des mariages d’enfants.

Au titre des contributions, l’animatrice a indiqué que la coalition entend contribuer à une prise de conscience des communautés pour le respect des droits des enfants et l’élimination du mariage d’enfants, fédérer les expériences ; les compétences et les énergies des organisation membres, élaborer, mettre en œuvre et évaluer des plans d’action ; participer aux actions du partenariat mondial « filles pas épouses » ;assurer la communication entre les membres du partenariat national, la mobilisation des ressources, le plaidoyer, la veille citoyenne.
Pour elle, la vision de la structure est :Un Burkina Faso où les filles et les garçons se marient librement après 18 ans, jouissent de leurs droits et réalisent leur potentiel. La mission de la structure est d’œuvrer à l’élimination du mariage d’enfants au Burkina Faso en luttant pour l’effectivité des droits de l’enfants, à travers l’influence des politiques et la mobilisation de la diversité des acteurs au plan national et international
En plus, la structure a capitalisé certaines réalisations au titre desquelles on a entre autres l’élaboration d’un plan d’action triennal 2015-2017 avec l’appui technique et financier de l’UNFPA, la participation au lancement de la campagne panafricaine de lutte contre le mariage d’enfants en 2015 à Dori, Contribution active à l’élaboration de la Stratégie Nationale et la participation aux sessions de la Plate forme.
Toutefois, il y a des contraintes qui limitent son action. Pour la présentatrice, ce sont le manque de ressources financières pour la mise en œuvre du premier plan d’action, la non formalisation de la structure, les difficultés de communication.
Selon elle, la coalition a en perspective la formation des journalistes sur la problématique du mariage d’enfants pour leur permettre de produire des articles d’information et de sensibilisation de la population, la réalisation d’une conférence de presse sur la question, la formation des membres de la coalition en technique de plaidoyer, un plaidoyer auprès de l’Assemblée Nationale pour l’accélération de l’adoption du Code des Personnes et de la Famille (CPF) révisé.


II.2.4. Présentation et amendement du contenu du plaidoyer du panel de haut niveau prévu pour le 20 octobre 2017 en marge de la 2e session de la plateforme.

Cette activité a été la dernière de l’atelier. Elle a été l’occasion de passer en revue le document et de l’améliorer avant le panel.


II.2.5. Discussion

A la suite des exposés, à la lumière des questions posées et des apports, on retient les recommandations et les informations qui suivent :
• Dans les interventions en faveur des adolescents, il a été suggéré au programme conjoint UNFPA-UNICEF d’impliquer les garçons dans la sensibilisation en tant que futur adulte et potentiel marie ;
• Lier la stratégie de communication en cour d’élaboration aux réalités locales ;
• La coalition a préféré rester informelle pour éviter le piège de la formalisation des coalitions, qui posent des contraintes restreignant la liberté individuelle de chaque organisation et de leadership ;
• Pour la gestion de ces ressources financières dans la transparence de la coalition , il ya un compte qui est créé a son nom et non au nom de l’ADEP ;
• Le budget pour le plan d’action 2018-2020 de la coalition est de 267835000 F CFA mais n’est pas encore validé ;
• Médiatiser suffisamment les actions de plaidoyer s’adressant aux élites de sorte que les communautés à la base s’en aperçoivent ;
• Mobiliser des ressources financières à l’interne en impliquant les populations concernées par les problématiques ;
• Exploiter l’opportunité qu’est la responsabilité sociale des entreprises en proposant des initiatives permettant aux entreprises d’avoir de la visibilité ;
• Que les ONG organisent des activités génératrices de revenus comme un téléthon et autres événements annuels permettant la contribution financière des populations via les comptes sur les téléphonies mobiles (ex : orange money),
• Renforcer les compétences des organisations de la société civiles dans gestion des ressources financière ;
• Développer un partenariat entre acteurs de la société civile et l’état concernant l’utilisation des medias afin de réduire les coûts de la communication liée aux problématiques sociales et permettre une large diffusion de l’information ;
• Développer un partenariat entre acteurs de la société civile et organe de presse ;
• Elaborer une stratégie servant de référenciel pour les plaidoyers ;
• Dans l’axe 1 de la stratégie nationale, mettre l’accent sur les actions ciblées sur l’éducation nationale ;
• Dans le cadre de la stratégie nationale, mettre en place un système de collecte, de traitement et de diffusion des données sur le mariage d’enfant au niveau nationale ;
• Harmoniser les tranches d’âge en tenant compte de celles reconnues internationalement qui sont les moins de 15 ans et moins de 18 ans pour faciliter l’analyse des données et la lecture l’évolution du phénomène et la comparaison entre les pays
• Organiser une table ronde entre les partenaires financiers pour le financement du plan d’action triennal qui se chiffre à 6 milliards ;
• Capitaliser les initiatives de tous les acteurs en plus de ceux du ministère dans les différentes luttes afin de favoriser une vue global des actions de tous les acteurs ;
• Organiser les deux sessions de la plateforme par an ;
• Intégrer à la stratégie, les résultats, les données existantes produites par l’UNFPA et l’UNICEF dans les régions ;
• Le ministère doit assurer la coordination, le suivi et la capitalisation des résultats de la stratégie nationale. De ce fait, ces données doivent être nationales ;
• Prendre en compte en la loi VEFF et l’engagement de la première Dame et les épouses des ministres dans les opportunités.

 

 

Conclusion

En guise de conclusion, on peut retenir que les objectifs de renforcement des compétences participants en matière de la lutte contre les mariages d’enfants et l’adhésion et l’implication des participants à la promotion de l’élimination des mariages d’enfants au Burkina Faso qu’il s’étaient assignés ont été globalement atteints. Cependant quelques manquements ont existé : les retard dans l’arrivée de certains participants(es), la non réalisation du rapport journalier prévu ; l’absence d’évaluation finale de l’atelier dû à un manque de temps lié à l’imprévu qui a été la présentation et l’ amendement du contenu du plaidoyer du panel de haut niveau prévu pour le 20 octobre 2017 en marge de la 2e session de la plateforme. Pour les sessions à venir, faire l’évaluation à la fin des travaux pour permettre une appréciation des acquis participants.

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